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Nous nous souvenons
Un arrière goût d’Orient-express, de pullman, de transatlantique, de paquebot fendant l'eau verte d’océans tropicaux. Une souvenance de grands hôtels avec leurs chasseurs, leurs grooms, leurs majordomes en livrée de lumière. Et puis à la fin des banquets, galas, réceptions d'ambassadeurs, le maître d'hôtel qui toujours apporte aux convives une serviette barbouillée d'empreintes de bouches...
Le dernier tramway froisse la brume d'un minuit viennois. Dans les casinos de Prague et de Berlin s'effondrent des châteaux de cartes postales et des empires prussiens s'effritent au quatre vents. Des faux cols se délassent, des smokings et des plastrons d'officiers se tachent. D'exquis travestis glissent leurs baisers violacés sur le sexe d'ange de créatures androgynes.
Nous, nous naviguons entre deux eaux, entre le jour et la nuit, entre chien et loup. C'est l'heure où les espionnent dévoilent au monde le grand jeu de leur nudité, où les princes et les archiducs en exil sabrent le champagne. L'heure où les belles noctambules dégrafent de leurs jambes trop longues leurs bas filés, où les marchandes de rêve, les entremetteuses de chair acquièssent de la tête.
On hèle des Rolls, des Bentley. On jette une phrase anodine aux portiers trop loquaces et toujours ivres. On s'ébroue. On s'affole. On cherche en vain la Femme...
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