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La lune
Sur l'écran noir elle nous apparaît.
De suite, elle tourne ses yeux de côté pour mieux pâlir. Sauvageonne et Annamite, elle nous invite d'un geste complice à la suivre. Impuissants et démunis de toute brusquerie, nous la contemplons skateboarder sa nuit bleu de Chine et s'enfoncer un peu plus dans le pubis rassis de l'ombre pour faire l'amour au vide et à la nuit.
En nous, il y a cet enfant mort au ventre, ces vêpres, ces Stabat-Mater. Il y a ces parkings nécropolaires, ces néons frissonnant l'électronique méchante sous terre et sous béton. Il y a ce panthéon d'âmes mortes, ces réminiscences, le carrousel des amours disparus, l'ivresse des poèmes déchiquetés, les mots turgescents et batailleurs, l'exaltation du mal et du néant. Il y a aussi le grand maelström et les borborygmes du doute. Il y a l'envie. Il y a l'ennui. Le vertige et l'ennui...
Dehors, la lune est un fromage mou fondant ses émeraudes dans les coffres à malice des dortoirs de jeunes filles…
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